Norman Johnston : de la ferme à la table

Norman Johnston : de la ferme à la table

Le programme alternatif de l’école secondaire Norman Johnston est l’exemple parfait d’un programme alimentaire scolaire à grand impact. L’école Norman Johnston a su changer la façon dont les élèves se sentent lorsqu’ils viennent à l’école, grâce au militantisme de Mark Frankish, l’enseignant du programme de jardinage, Laura Cardiff, l’enseignante du programme du jardin, et Sally Collins, enseignante et partisane d’une saine alimentation.

En tant qu’école secondaire alternative, Norman Johnston reçoit des élèves âgés de 16 à 21 ans qui n’ont pas pu s’épanouir dans le système d’éducation traditionnel pour une raison ou une autre. Les élèves sont aux prises de problèmes de santé mentale, de dépendance, de pauvreté, ou d’exclusion sociale. Sally Collins croit qu’enseigner les soins personnels, y compris des habitudes alimentaires saines, devrait être une priorité. Lorsqu’elle observe les élèves dans l’école, elle voit des élèves qui ne reçoivent pas les nutriments dont ils ont besoin, ce qui a une incidence sur leurs travaux scolaires.

Il y a de cela cinq ans, Sally a reçu une subvention relative à la saine alimentation de 50 000 $. Avec ce montant, elle a fait construire un espace dans l’école réservée à l’alimentation avec un poêle, un réfrigérateur et un évier. De là, le programme a pris son envol. L’enseignant Mark Frankish, qui possède une vaste expérience dans l’industrie alimentaire, a été embauché pour occuper le poste d’enseignant du programme alimentaire. La plupart du temps, les étudiants de ce programme cuisinent un repas santé pour 20 à 35 élèves. C’est toujours un défi de faire avaler des repas maison que les étudiants ne connaissent pas, mais les enseignants et le personnel de Norman Johnston ont persévéré. En effet, en 2017, on a enlevé la dernière machine distributrice et un seul élève s’en est plaint. Les repas sont à la portée de tous les étudiants. « Tout le monde devrait avoir la chance d’essayer de nouveaux aliments », a dit Sally Collins. Elle croit que le coût ne devrait pas empêcher les étudiants de consommer des repas sains.

En 2017, Norman Johnston fut la seule école d’Ottawa à recevoir une subvention « bar à salade » de 10 000 $ de la part de De la ferme à la cafétéria. Avec ce financement, ils se sont procuré un lave-vaisselle industriel afin d’augmenter le montant de préparation alimentaire qui peut être effectuée chaque jour. Ils ont également élargi l’espace réservé à l’agriculture. Les élèves peuvent maintenant préparer et servir de délicieuses salades chaque semaine et lors d’évènements spéciaux à l’école avec des aliments qui poussent sur place. Le programme alimentaire de Norman Johnston se structure autour d’un modèle holistique de la ferme à la table où les élèves cultivent et cuisinent la plupart des aliments eux-mêmes. Sally Collins indique que les repas que les élèves préparent sont « cuisinés avec les aliments les plus sains que les élèves puissent manger. » Cela veut parfois dire qu’il faut pousser les limites plus loin tout en utilisant des ingrédients plus connus, par exemple utiliser des wraps de farine blanche et les enrouler autour de la salade de poulet, parce que les enseignants savent que les étudiants mangeront ce plat au lieu de le gaspiller.

En plus d’un vaste jardin extérieur, l’école Norman Johnston possède trois jardins verticaux et fait actuellement l’essai d’un jardin vertical avec de la terre avec un système de vermicompost intégré. L’enseignante du programme de jardinage, Laura Cardiff, dit que les élèves démontrent beaucoup d’intérêt pour le programme. Ils en apprennent sur la conservation des semences, la propagation des plantes et l’agriculture durable grâce une formation concrète avec Laura et, plus récemment, Grandir bio. À l’automne et au printemps, les étudiants participent à un cours de six semaines où l’apprentissage est axé sur la culture des aliments à l’extérieur. Selon Laura, creuser dans la terre contribue au bien-être des élèves. Les étudiants qui participent au programme sont engagés et dévoués et ont l’impression de faire partie de l’école. Dans une école où le taux d’absentéisme est élevé, les élèves du programme de jardinage s’absentent peu.

Pendant la saison de croissance, 80 % des aliments utilisés dans le programme alimentaire proviennent du jardin. L’hiver, l’école se procure 70 % des aliments, et un énorme 30 % des ingrédients sont des aliments blanchis et congelés qui ont été récoltés pendant l’automne ou dans un des jardins intérieurs dans la classe de Laura. Mark préconise l’utilisation d’aliments locaux le plus souvent possible. Cela veut dire qu’à l’automne, une partie du programme est dédiée à préparer et congeler les aliments pour les consommer plus tard. Lorsque Sally Collins parle de l’importance du programme, elle mentionne que les « diététiciens indiquent que la meilleure chose que vous pouvez faire pour les adolescents est de leur montrer comment cuisiniers. » Les étudiants qui participent au programme en apprennent beaucoup sur les bonnes habitudes alimentaires, comment lire une recette, comment cuisiner en suivant un budget, et comment améliorer leurs compétences en préparation alimentaires, par exemple comment bien manier des couteaux dans une cuisine.

À l’automne 2017, l’école Norman Johnston a construit une serre qui, selon Laura Cardiff, devrait « prolonger la saison agricole, permettre de récolter encore plus d’aliments pour les élèves et leur offrir plus d’occasions d’apprentissage en matière de durabilité, de sécurité alimentaire, d’horticulture et de nutrition. » Un défi qui se pose actuellement est de savoir jongler le jardinage avec les autres sujets. Laura souhaiterait voir un programme de spécialisation en santé et bien-être axé sur le concept de ferme à la table. Les enseignants souhaiteraient également que tous les étudiants suivent un cours sur l’alimentation pendant leurs années de secondaire.

L’école Norman Johnston possède un très bon réseau au sein de la communauté d’Ottawa. Ils peuvent se procurer de l’équipement de cuisine grâce à leur partenariat avec Gourmet Cuisine, et les épiciers Whole Foods et Metro offrent gratuitement de la nourriture à l’école. Une association locale d’aînés recueille et donne de la nourriture aux étudiants dans le besoin. Des aînées d’une résidence pour personnes âgées offrent parfois leur aide dans le jardin. L’école a construit des platebandes surélevées afin que les aînés puissent travailler dans le jardin plus facilement. Des chefs locaux font également don de leurs temps. Tout récemment, Karly Ireland, chef exécutive du Musée de la nature, est venu animer un atelier pour montrer aux étudiants comment cuisiner cinq repas pour moins de 50 $. Les enseignants de Norma Johnston sont toujours à la recherche de partenaires dans leur communauté. Sally aimerait travailler avec des fermes avoisinantes afin d’utiliser le surplus de produits agricoles, ou encore les produits qui ne peuvent pas être vendus, dans le programme de cuisine. Elle a également établi un partenariat avec la ferme d’Alimentation juste, située juste au coin de la rue, afin que des élèves du programme travail-études y travaillent et pour y organiser des voyages éducatifs.

Sally, Mark et Laura sont continuellement à la recherche de moyens pour améliorer le programme à Norman Johnston. Dernièrement, ils explorent la possibilité de recueillir des fonds de démarrage pour acquérir un conteneur et y faire pousser de la laitue hydroponique. Ils veulent également élaborer un programme où leurs étudiants pourraient fournir de la laitue et des aliments à feuilles vertes pour les bars à salade des programmes alternatifs dans toute la ville.

Le programme incomparable de la ferme à la table de Norman Johnston fonctionne parce que, comme le mentionne Sally, les élèves sont plus heureux lorsqu’ils en apprennent plus sur la sécurité alimentaire personnelle par l’entremise de l’agriculture et de la cuisine. Dans un programme où attirer certains élèves en classe représente un grand défi, des élèves heureux ont de meilleures de chance de réussir à l’école et d’avoir de meilleures possibilités d’avenir.

 

Texte : Allegra Newman

Photos : Allegra Newman

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