Norman Johnston : de la ferme à la table

Norman Johnston : de la ferme à la table

Le programme alternatif de l’école secondaire Norman Johnston est l’exemple parfait d’un programme alimentaire scolaire à grand impact. L’école Norman Johnston a su changer la façon dont les élèves se sentent lorsqu’ils viennent à l’école, grâce au militantisme de Mark Frankish, l’enseignant du programme de jardinage, Laura Cardiff, l’enseignante du programme du jardin, et Sally Collins, enseignante et partisane d’une saine alimentation.

En tant qu’école secondaire alternative, Norman Johnston reçoit des élèves âgés de 16 à 21 ans qui n’ont pas pu s’épanouir dans le système d’éducation traditionnel pour une raison ou une autre. Les élèves sont aux prises de problèmes de santé mentale, de dépendance, de pauvreté, ou d’exclusion sociale. Sally Collins croit qu’enseigner les soins personnels, y compris des habitudes alimentaires saines, devrait être une priorité. Lorsqu’elle observe les élèves dans l’école, elle voit des élèves qui ne reçoivent pas les nutriments dont ils ont besoin, ce qui a une incidence sur leurs travaux scolaires.

Il y a de cela cinq ans, Sally a reçu une subvention relative à la saine alimentation de 50 000 $. Avec ce montant, elle a fait construire un espace dans l’école réservée à l’alimentation avec un poêle, un réfrigérateur et un évier. De là, le programme a pris son envol. L’enseignant Mark Frankish, qui possède une vaste expérience dans l’industrie alimentaire, a été embauché pour occuper le poste d’enseignant du programme alimentaire. La plupart du temps, les étudiants de ce programme cuisinent un repas santé pour 20 à 35 élèves. C’est toujours un défi de faire avaler des repas maison que les étudiants ne connaissent pas, mais les enseignants et le personnel de Norman Johnston ont persévéré. En effet, en 2017, on a enlevé la dernière machine distributrice et un seul élève s’en est plaint. Les repas sont à la portée de tous les étudiants. « Tout le monde devrait avoir la chance d’essayer de nouveaux aliments », a dit Sally Collins. Elle croit que le coût ne devrait pas empêcher les étudiants de consommer des repas sains.

En 2017, Norman Johnston fut la seule école d’Ottawa à recevoir une subvention « bar à salade » de 10 000 $ de la part de De la ferme à la cafétéria. Avec ce financement, ils se sont procuré un lave-vaisselle industriel afin d’augmenter le montant de préparation alimentaire qui peut être effectuée chaque jour. Ils ont également élargi l’espace réservé à l’agriculture. Les élèves peuvent maintenant préparer et servir de délicieuses salades chaque semaine et lors d’évènements spéciaux à l’école avec des aliments qui poussent sur place. Le programme alimentaire de Norman Johnston se structure autour d’un modèle holistique de la ferme à la table où les élèves cultivent et cuisinent la plupart des aliments eux-mêmes. Sally Collins indique que les repas que les élèves préparent sont « cuisinés avec les aliments les plus sains que les élèves puissent manger. » Cela veut parfois dire qu’il faut pousser les limites plus loin tout en utilisant des ingrédients plus connus, par exemple utiliser des wraps de farine blanche et les enrouler autour de la salade de poulet, parce que les enseignants savent que les étudiants mangeront ce plat au lieu de le gaspiller.

En plus d’un vaste jardin extérieur, l’école Norman Johnston possède trois jardins verticaux et fait actuellement l’essai d’un jardin vertical avec de la terre avec un système de vermicompost intégré. L’enseignante du programme de jardinage, Laura Cardiff, dit que les élèves démontrent beaucoup d’intérêt pour le programme. Ils en apprennent sur la conservation des semences, la propagation des plantes et l’agriculture durable grâce une formation concrète avec Laura et, plus récemment, Grandir bio. À l’automne et au printemps, les étudiants participent à un cours de six semaines où l’apprentissage est axé sur la culture des aliments à l’extérieur. Selon Laura, creuser dans la terre contribue au bien-être des élèves. Les étudiants qui participent au programme sont engagés et dévoués et ont l’impression de faire partie de l’école. Dans une école où le taux d’absentéisme est élevé, les élèves du programme de jardinage s’absentent peu.

Pendant la saison de croissance, 80 % des aliments utilisés dans le programme alimentaire proviennent du jardin. L’hiver, l’école se procure 70 % des aliments, et un énorme 30 % des ingrédients sont des aliments blanchis et congelés qui ont été récoltés pendant l’automne ou dans un des jardins intérieurs dans la classe de Laura. Mark préconise l’utilisation d’aliments locaux le plus souvent possible. Cela veut dire qu’à l’automne, une partie du programme est dédiée à préparer et congeler les aliments pour les consommer plus tard. Lorsque Sally Collins parle de l’importance du programme, elle mentionne que les « diététiciens indiquent que la meilleure chose que vous pouvez faire pour les adolescents est de leur montrer comment cuisiniers. » Les étudiants qui participent au programme en apprennent beaucoup sur les bonnes habitudes alimentaires, comment lire une recette, comment cuisiner en suivant un budget, et comment améliorer leurs compétences en préparation alimentaires, par exemple comment bien manier des couteaux dans une cuisine.

À l’automne 2017, l’école Norman Johnston a construit une serre qui, selon Laura Cardiff, devrait « prolonger la saison agricole, permettre de récolter encore plus d’aliments pour les élèves et leur offrir plus d’occasions d’apprentissage en matière de durabilité, de sécurité alimentaire, d’horticulture et de nutrition. » Un défi qui se pose actuellement est de savoir jongler le jardinage avec les autres sujets. Laura souhaiterait voir un programme de spécialisation en santé et bien-être axé sur le concept de ferme à la table. Les enseignants souhaiteraient également que tous les étudiants suivent un cours sur l’alimentation pendant leurs années de secondaire.

L’école Norman Johnston possède un très bon réseau au sein de la communauté d’Ottawa. Ils peuvent se procurer de l’équipement de cuisine grâce à leur partenariat avec Gourmet Cuisine, et les épiciers Whole Foods et Metro offrent gratuitement de la nourriture à l’école. Une association locale d’aînés recueille et donne de la nourriture aux étudiants dans le besoin. Des aînées d’une résidence pour personnes âgées offrent parfois leur aide dans le jardin. L’école a construit des platebandes surélevées afin que les aînés puissent travailler dans le jardin plus facilement. Des chefs locaux font également don de leurs temps. Tout récemment, Karly Ireland, chef exécutive du Musée de la nature, est venu animer un atelier pour montrer aux étudiants comment cuisiner cinq repas pour moins de 50 $. Les enseignants de Norma Johnston sont toujours à la recherche de partenaires dans leur communauté. Sally aimerait travailler avec des fermes avoisinantes afin d’utiliser le surplus de produits agricoles, ou encore les produits qui ne peuvent pas être vendus, dans le programme de cuisine. Elle a également établi un partenariat avec la ferme d’Alimentation juste, située juste au coin de la rue, afin que des élèves du programme travail-études y travaillent et pour y organiser des voyages éducatifs.

Sally, Mark et Laura sont continuellement à la recherche de moyens pour améliorer le programme à Norman Johnston. Dernièrement, ils explorent la possibilité de recueillir des fonds de démarrage pour acquérir un conteneur et y faire pousser de la laitue hydroponique. Ils veulent également élaborer un programme où leurs étudiants pourraient fournir de la laitue et des aliments à feuilles vertes pour les bars à salade des programmes alternatifs dans toute la ville.

Le programme incomparable de la ferme à la table de Norman Johnston fonctionne parce que, comme le mentionne Sally, les élèves sont plus heureux lorsqu’ils en apprennent plus sur la sécurité alimentaire personnelle par l’entremise de l’agriculture et de la cuisine. Dans un programme où attirer certains élèves en classe représente un grand défi, des élèves heureux ont de meilleures de chance de réussir à l’école et d’avoir de meilleures possibilités d’avenir.

 

Texte : Allegra Newman

Photos : Allegra Newman

 Jardiner à l’extérieur avec l’école secondaire Cairine Wilson

 Jardiner à l’extérieur avec l’école secondaire Cairine Wilson

L’école Cairine Wilson a été l’une des premières écoles secondaires d’Ottawa à travailler avec Grandir bio. Avant ce partenariat, Grandir bio se consacrait à construire des jardins et offrir des ateliers dans les écoles élémentaires d’Ottawa. Toutefois, l’enseignante Malia Robin a pensé qu’installer un jardin scolaire serait une excellente contribution à la certification platine Écoécoles de cette école d’Orléans. Malia a donc travaillé avec le coordinateur de Grandir Bio pour faire le lien entre leurs programmes et les programmes scolaires du secondaire en géographie (communautés vivables) et en civique (enjeux civiques et actions personnelles).

Les élèves, avec Grandir bio, ont construit quatre platebandes surélevées. Malia, l’enseignante de géographie, et Nancy Arnott-Conroy, l’enseignante de vie communautaire, ont rassemblé leurs classes pour les ateliers de Grandir bio. Elles pensent que cela offre l’occasion à des élèves qui n’interagiraient pas d’habitude de collaborer et d’apporter différentes expériences scolaires au jardin.

Malia aimerait disposer de plus de temps pour travailler avec Grandir bio. Comme plusieurs autres enseignants, elle croit que le programme n’est pas assez long et que chaque atelier devrait durer trois jours au lieu d’un seul. Le temps que les élèves passent dans le jardin est énormément éducatif. Malia croit que c’est un très bon moyen de faire le lien entre la nature et le monde en général, en plus de très bien se jumeler au programme éducatif des études civiles. Elle affirme que « l’atelier sur la conservation des semences est extraordinaires. Les enfants n’ont aucune idée où se trouvent les graines lorsque vous leur montrez. Même au secondaire, ils ne réalisent pas vraiment la multitude de moyens auxquels les plantes doivent avoir recours pour produire des graines, et comment une graine devient une plante, qui produit ensuite plus de graines qui peuvent être plantées plus tard. »

Texte : Allegra Newman

Photos : Malia Robin

Cultivating Cooks à l’école publique de l’avenue Woodroffe

Cultivating Cooks à l’école publique de l’avenue Woodroffe

Lorsque Carley Schelck, du programme Cultivating Cooks, a contacté l’école publique de l’avenue Woodroffe en leur proposant de mettre à l’essai une série d’ateliers portant sur une saine alimentation, l’enseignant de cinquième année MacArthur Millen ne savait pas à quoi s’attendre. Au cours des 10 semaines suivantes, MacArthur et ses élèves ont été ébahis face à la pédagogie épatante et les connaissances alimentaires extraordinaires que Carley et son équipe leur ont offertes.

Cultivating Cooks est un programme pédagogique concret fait pour les salles de classes élémentaires portant sur la culture, la cuisson, la conservation et la consommation d’aliments sains et locaux. Ce programme novateur établit des liens forts entre l’origine des aliments et sa préparation. Il a été conçu par l’entrepreneure ottavienne Carley Schelck et la chef Anna March, qui ont fréquenté l’école de cuisine urban element. Carley et Anna ont fait en sorte que le programme puisse s’adapter aux besoins de chaque école avec lesquelles elles travaillent. Leurs liens avec des experts locaux ajoutent encore plus de valeur à un programme débordé. Au printemps 2017, dans le cadre de la première année pilote, Cultivating Cooks a mené les élèves de l’école publique de l’avenue Woodroffe dans un programme intensif portant sur la culture, la préparation et la consommation d’aliments sains et nutritifs. La chef Anna March, partenaire de l’entreprise Cultivating Cooks, a introduit la série d’ateliers en montrant aux élèves les différentes parties des légumes que nous consommons : les graines, les racines et les pousses. Ensuite, Simon Bell, du centre alimentaire Parkdale Food Center, a travaillé avec les enfants et leur a montré comment utiliser des couteaux de façon sécuritaire tout en préparant une salade délicieuse.

Lors de l’atelier suivant, les élèves ont construit un nouveau jardin scolaire et l’ont ensemencé, sous la supervision du maître jardinier local et homme à tout faire Tom Marcantonio. Les enfants ont appris à se servir de perceuses et de scies, et comment s’assurer que le sol est sain et prêt à accueillir des plantes. Ils ont également construit une structure de compost mobile.

La chef Anna a débuté un autre atelier en parlant aux enfants de quoi faire pousser, à quel endroit et comment. Ils ont parlé de conservation des aliments locaux en saison afin de pouvoir les utiliser plus tard dans l’année. Sue Hall, une diététicienne au centre alimentaire Parkdale Food Center, a ensuite discuté avec les élèves des aliments transformés et des aliments sains. Elle a également parlé de la quantité de sucre présente dans les boissons gazeuses. Avec la chef Anna, les enfants ont préparé des jus santé à base de fruits et de légumes.

L’atelier qui s’est ensuivi a été mené par Trish Larkin, de Buchipop. Elle a parlé de son expérience d’apicultrice et de l’importance des abeilles dans notre système alimentaire. Les élèves ont discuté des types de fleurs qu’ils peuvent cultiver pour attirer les pollinisateurs. Trish a également organisé une dégustation de miel. Les enfants ont découvert que différents miels issus du nectar et du pollen de différentes fleurs ont un goût différent.

Lors du dernier atelier, Cultivating Cooks a ramené Simon Bell afin qu’il parle de la santé et sécurité dans une cuisine. Les enfants ont ensuite préparé des dîners zéro-déchet en préparant des salades étagées dans des pots.

L’enseignant MacArthur Millen indique qu’avant cet atelier, plusieurs enfants n’avaient jamais cultivé ou cuisiné d’aliments auparavant; « certains d’entre eux ne savaient même pas qu’une carotte poussait dans le sol. » Le désir d’enseigner aux enfants la provenance des aliments, et comment les utiliser pour cuisiner des repas sains est ce qui a motivé la création de ce programme. Carley croit que l’apprentissage de l’alphabétisation alimentaire est primordial. Avant d’entreprendre ce programme, elle a remarqué un grand écart dans ce type de connaissances. Plusieurs écoles sont dotés de jardins scolaires, mais il y a peu d’éducation qui accompagne la culture des légumes et l’alphabétisation alimentaire. Carley et Anna souhaitent amener ce programme « partout où il y aura un public. » Avec cette idée en tête, Cultivating Cooks espère élargir ses activités dans les prochaines années, visiter plus d’écoles et cuisiner encore plus d’aliments avec encore plus d’enfants. Afin de desservir une plus grande population, ils ont élaboré du matériel et des ateliers en français et en anglais. Carley entrevoit également beaucoup d’occasions de collaborer avec d’autres organisations comme Grandir bio et le programme Jardinier en classe de ROPE, et ce afin de permettre à encore plus d’écoles de participer à Cultivating Cooks.

MacArthur Millen, de l’école Woodroffe, a de grandes ambitions en ce qui concerne une saine alimentation dans les écoles. Il souhaite que ses élèves puissent, un jour, établir des liens plus forts avec le programme de petits-déjeuners de l’école. Il aimerait voir les élèves utiliser des aliments locaux pour cuisiner et préparer de la nourriture comme des muffins aux bleuets ou des confitures aux fraises pour servir dans le cadre du programme de petits-déjeuners.

 

Texte : Allegra Newman

Photos : MacArthur Millen

Travailler ensemble pour créer de la bonne bouffe pour tous à l’école secondaire catholique Lester B. Pearson

Travailler ensemble pour créer de la bonne bouffe pour tous à l’école secondaire catholique Lester B. Pearson

Les élèves de l’école secondaire catholique Lester B. Pearson font la file pour faire du bénévolat et servir des petits-déjeuners à environ 80 à 100 élèves chaque jour. Selon Rachel Sheffield et Kristine Coates, des assistantes éducatives qui mènent le programme pour l’école de la septième à la douzième année, les élèves se portent souvent bénévoles pour servir les petits-déjeuners bien après qu’ils aient terminé leurs heures de service communautaires obligatoires. « Ils ont le sentiment d’appartenir au programme. Les élèves bénévoles disent souvent aux autres d’enlever leurs manteaux et leurs sacs à dos », affirme Rachel.

Rachel et Kristine ont entretenu une atmosphère amicale et accueillante avec leur programme de petits-déjeuners. Rachel affirme que pour certains élèves, le fait de commencer leur journée en s’assoyant avec leurs amis pour partager un repas sain leur permet de « se réfugier loin d’une vie familiale difficile. »

Mais le programme est plus qu’un repas matinal. Chaque après-midi, Rachel et Kristine travaillent avec les élèves du programme d’éducation spéciale et de 3 à 5 élèves du programme travail-étude pour planifier le petit-déjeuner du lendemain, effectuer les achats nécessaires et assurer la préparation préliminaire. Rachel et Kristine indiquent que pour les élèves à besoins spéciaux, qui demeurent à l’école jusqu’à ce qu’ils aient 21 ans, la routine quotidienne et les compétences acquises sont précieuses. Elles sont également inestimables pour les élèves en formation travail-étude qui acquièrent des habiletés en préparations alimentaires, en apprennent plus sur la manière de se procurer des aliments sains en suivant un budget et comment lire une recette, et ce tout en obtenant des crédits scolaires. Les aptitudes qu’ils développent peuvent également s’appliquer dans leur vie familiale. Les élèves qui quittent le programme de petits-déjeuners savent choisir et cuisiner des mets nourrissants pour eux-mêmes et leurs familles.

La variété guide le programme de petits-déjeuners. Ils servent quelque chose de nouveau chaque jour : des muffins, des frappés, des wraps au poulet, des pizzas sur des muffins anglais, de la salsa maison, des bagels avec de la confiture aux fraises fait maison. De plus, le bureau administratif offre des collations et des sandwiches pour les élèves qui ont besoin d’un peu plus de nourriture.

Le dévouement de Rachel et Kristine est essentiel à la réussite du programme de petits-déjeuners. Elles affirment qu’elles ne pourraient pas s’en tirer sans l’appui inconditionnel du directeur de l’école, Bill Walsh, et le soutien financier du Réseau d’Ottawa pour l’éducation (ROPE).

 

Texte : Allegra Newman

Photos : Kristine Coates

Établir une communauté grâce à la bonne bouffe à l’école communautaire Devonshire

Établir une communauté grâce à la bonne bouffe à l’école communautaire Devonshire

Stephen Skoutajan dirige un programme d’apprentissage axé sur l’alimentation depuis onze ans à l’école publique communautaire Devonshire. Il est un véritable pionnier de l’élaboration d’initiatives novatrices et inspirantes qui favorisent l’alimentation saine et les communautés durables, en plus d’être liées au programme scolaire. Stephen a également en tête une multitude d’idées qui pourraient tenir les écoles occupées pendant des années, qui n’attendent que le bon moment d’être mises en œuvre.

Dans la classe de Stephen, on priorise l’utilisation de l’alimentation pour bâtir des communautés fortes et bienveillantes. En offrant aux élèves des occasions, d’avoir des interactions positives avec leurs communautés les aide à se sentir bien encadrés et entourés. Stephen veut s’assurer que les « enfants quittent l’école en sachant qu’ils ont une place dans la communauté. » Il croit que cela est un élément important permettant d’assurer une bonne santé mentale qui perdure.

Dans sa volonté de vouloir promouvoir la bonne bouffe et les liens communautaires, il apporte sa classe de cinquième année en promenade dans leur quartier. Ils découvrent des entreprises locales et apprennent qui vit dans leur quartier. L’un des projets novateurs que mène Stephen, en collaboration avec Grandir bio, est une excursion autour du quartier qui culmine avec une visite au Marché Parkdale pour y faire des emplettes. Les élèves ont interrogé les différents vendeurs, leur posant une série de questions portant sur la provenance de la nourriture. Les élèves ont ensuite choisi des vendeurs agricoles locaux et ont fait des achats. De retour en classe, ils ont utilisé leurs légumes frais pour créer une délicieuse salsa aux tomates vertes et une énorme salade grecque, qu’ils ont ensuite partagée avec des élèves d’une école avoisinante, Connaught. Stephen dit que les parents étaient stupéfiés de voir leurs enfants si enthousiastes devant de la salade. Un parent a même dit « Wow, mon enfant ne mange jamais de salade. »

Cuisiner avec des ingrédients locaux est un autre élément que Stephen incorpore dans sa pédagogie communautaire. Que les aliments proviennent du jardin de Devonshire Itty Bitty Garden in the City qui a été construit avec l’aide de Grandir bio, le jardin vertical de leur classe ou d’une ferme locale, apprendre à cuisiner des mets santé est le fil conducteur commun à tous les projets de Devonshire. On apprend aux élèves comment nettoyer, couper, et cuisiner des ingrédients santé pour les transformer en mets délicieux et faciles à préparer, par exemple de la gaspacho. Ce sont des compétences que peu d’élèves apprennent à l’école élémentaire. Récemment, la classe a participé à un atelier, organisé par le centre alimentaire Parkdale Food Center, où ils ont appris à manier les couteaux. Selon Stephen, « Lorsque les enfants ont la chance de participer, l’alimentation est amusante et ne représente pas un problème ou un défi. »

Pendant plusieurs années, Stephen était le premier à lancer plusieurs des programmes liés à l’alimentation à l’école Devonshire, une école d’immersion française où chaque classe travaille seulement la moitié de la journée en anglais, l’autre moitié étant passée avec un enseignant en français. Cela limite donc le temps que Stephen peut passer à développer en profondeur ces initiatives. Toutefois, cette année, Jenny Dunlop s’est mise à enseigner l’immersion française à Devonshire et travaille avec enthousiasme avec Stephen sur des initiatives visant à enseigner aux élèves l’importance de la communauté et d’une saine alimentation. Non seulement cela leur permet de dévouer plus de temps à des projets plus complexes, mais Stephen admet qu’il est bon d’avoir une alliée.

Cette année, la classe de cinquième année de Stephen et Jenny participe au projet
communautaire Good Neighbourhood Project. Les élèves ont visité le Parkdale Food Center chaque mois pour participer à des ateliers, où ils en ont appris beaucoup sur des enjeux locaux comme l’itinérance et l’insécurité alimentaire. Les élèves ont également participé à des initiatives qui favorisent le changement, comme le projet-mijoteuse, qui distribue des mijoteuses à des gens dans le besoin. Au cours de ce projet, les élèves ont préparé des ingrédients secs pour des soupes à préparer dans la mijoteuse. Chaque élève a préparé huit paquets à distribuer, et un paquet à ramener à la maison. À travers ce projet, les élèves ont pu apprendre à faire partie d’une communauté et l’importance d’une alimentation saine.

Devonshire participe également au projet d’entreprise sociale Growing Futures Project du centre alimentaire Parkdale Food Center, axé sur une alimentation locale, fraîche et saine. Grâce au centre alimentaire, des entreprises locales sont jumelées à des écoles du voisinage afin de parrainer l’achat de jardins verticaux pour les classes. Devonshire est jumelée à la compagnie de café Happy Goat et CakeLab, qui a fourni deux jardins verticaux à l’école. Les élèves font pousser de la laitue, du basilic et d’autres légumes et herbes à feuilles vertes pendant l’hiver. La première récolte, l’année dernière, a été cueillie, pesée et emballée par les enfants et ensuite vendue aux parents et aux autres membres de la communauté. Soixante-dix pour cent des revenus ont été réinvestis dans le jardin scolaire extérieur et le programme de cuisine, et le reste a été distribué au centre alimentaire Parkdale. La deuxième récolte, cette année, sera vendue par l’entremise de Happy Goat, à leurs clients. Ce programme a permis aux élèves d’en apprendre sur les petites entreprises et la culture des aliments sains. Ils acquièrent de l’expérience en tant qu’entrepreneurs et ont la chance de redonner à leur communauté.

Stephen et Jenny croient qu’Ottawa a besoin de plus d’occasions pour créer des partenariats entre des enseignants, des membres de la communauté et des organisations pour partager des renseignements afin que plus d’élèves puissent s’initier à l’alphabétisation alimentaire et créer des liens avec leur communauté grâce à l’alimentation.

 

Texte : Allegra Newman

Photos : Stephen Skoutajan

Semer les graines d’une saine alimentation à l’école alternative de la rue Regina

Semer les graines d’une saine alimentation à l’école alternative de la rue Regina

Renuka Darling, une enseignante de quatrième et cinquième année à l’école alternative de la rue Regina, s’emploie à apporter des aliments sains aux élèves de son école.

La passion et la motivation de Renuka s’inspirent d’une présentation de Stephen Skoutajan, un enseignant d’Ottawa, portant sur l’expérience de ce dernier avec un jardin scolaire à l’école publique communautaire Devonshire. Une autre présentation, celle de Jen Coorsh de Grandir bio, à laquelle Renuka a assisté au cours d’un évènement lors d’une journée de perfectionnement professionnel du district scolaire d’Ottawa-Carleton, a été l’élément déclencheur. Renuka s’est immédiatement inscrite à tous les ateliers de jardinage offerts par Grandir Bio auxquels elle pouvait cette année-là. Elle ne se doutait pas que d’autres enseignants de l’école alternative de la rue Regina avaient les mêmes idées.

Au printemps 2017, l’école est entrée en partenariat avec Grandir bio pour élaborer, construire et installer un jardin, avec l’aide d’élèves de la troisième à la sixième année. Chaque niveau scolaire était responsable pour semer et s’occuper de leur propre platebande de jardin. Par l’entremise des ateliers liés au programme scolaire de Grandir bio, les élèves ont pu en apprendre sur la planification d’un jardin, la préparation des semis, l’ensemencement d’un potager de salade et la transplantation des jeunes plants. À l’automne, grâce à d’autres ateliers, ils ont pu apprendre à conserver les semences pour l’an prochain et l’importance d’une bonne terre pour un jardin productif et en santé.

En juin, le potager de salade de l’école était prêt pour la récolte. Les élèves ont cueilli de la salade et des fleurs comestibles avec lesquels ils ont préparé, puis dégusté, une salade délicieuse. Plusieurs élèves n’ont pas vraiment accès à des légumes frais à la maison, et certains d’entre eux hésitaient à goûter la salade. D’autres en ont raffolé et en ont redemandé. Pour Renuka, le jardin est une belle occasion de promouvoir une alimentation saine pour les élèves de l’école.

En novembre, l’école a visité, grâce à la collaboration de Grandir bio, la ferme locale Roots and Shoots. Au départ, Grandir bio avait prévu le voyage pour une seule classe, mais il y a eu tellement d’engouement dans l’école qu’ils ont loué un deuxième autobus et toute l’école a pu participer à l’excursion éducative.

À la ferme, les élèves ont tout appris sur le métier d’agriculteur, y compris comment cultiver des tomates et des piments dans une serre, prolonger la saison de production, faire la rotation des champs et élever des poulets. Les élèves qui avaient participé aux activités du jardin l’année précédente ont particulièrement aimé le voyage. Ils ont pu voir les liens entre leur jardin scolaire et la production agricole.

De retour à l’école, les élèves ont participé à un atelier de Grandir bio sur la conservation des semences, où ils ont récolté des graines de capucines. Ils ont été étonnés de découvrir comment de graines ils pouvaient récolter de chaque plante. Un groupe d’élèves a été particulièrement touché et ont pu imaginer comment une seule petite graine pouvait devenir des centaines de plantes.

Renuka affirme que les programmes comme Grandir bio ont des répercussions si importantes parce que les enseignants, qui en ont toujours beaucoup à faire, peuvent facilement les mettre en œuvre. « Les programmes ne devraient pas causer un surplus de travail. Avec Grandir bio, les enseignants n’ont qu’à choisir une date, et Grandir bio apporte tout ce qui est nécessaire pour le programme. »

Renuka regorge d’idées autour de la bonne bouffe et d’activités qui pourraient y être reliées pour son école. Elle dit qu’elle veut commencer par de petites démarches et voir si c’est raisonnable. Le jardin à présent entamé, elle prévoit utiliser la récolte pour cuisiner dans les classes et montrer aux enfants comment préparer de simples repas. L’école planifie également installer un jardin vertical afin que les élèves puissent cultiver des aliments toute l’année. Renuka planifie faire pousser du basilic, ce qui permettrait aux élèves de faire du pesto, qu’ils pourraient apporter à la maison pour le souper. Leurs connaissances se transmettraient alors jusqu’à leurs familles.

Les enseignants de l’école alternative de la rue Regina tiennent à transmettre à leurs élèves les compétences nécessaires afin qu’ils puissent cultiver et cuisiner de la bonne bouffe. Ce printemps, l’entreprise Cultivating Cooks, menée par Carley Schelck et Anna March, organisera une série d’ateliers inspirants sur l’alimentation saine pour les élèves de l’école. Cultivating Cooks enseigne aux élèves comment faire de bon choix alimentaire grâce à leurs ateliers de formation pratiques liés au programme scolaire.

 

Texte : Allegra Newman

Photos : Renuka Darling

Le futur de l’alimentation à l’école secondaire Sir Guy Carleton

Le futur de l’alimentation à l’école secondaire Sir Guy Carleton

Préparer et manger de la bonne bouffe est une tradition qui perdure depuis longtemps à l’école secondaire Sir Guy Carleton, située dans l’ouest d’Ottawa. Depuis 35 ans, le programme culinaire complet enseigne aux élèves l’ABC de l’industrie culinaire. Dans une grande cuisine industrielle, des chefs cuisiniers formés, qui ont travaillé au sein de l’industrie, utilisent leurs connaissances et compétences concrètes pour bonifier leurs leçons. Chaque élève à la chance de participer au programme culinaire lors de leur passage à l’école. Il y a actuellement 100 élèves qui prennent part au programme d’arts culinaires, dont 28 sont inscrits dans le programme avec une majeure spécialisée visant à développer des aptitudes élevées. Ce programme permet aux élèves de centrer leurs efforts sur des cours culinaires pendant leurs années de scolarité à l’école. On prépare les élèves à travailler au sein du secteur de la restauration dès la fin de leur secondaire ainsi qu’au programme d’arts culinaires du collège Algonquin.

Brad Larabie, un ancien élève, assure la gestion des programmes de la cafétéria et des petits-déjeuners, qui permettent aux élèves de se familiariser avec la préparation quotidienne de nourriture, puisque les plats sont cuisinés et servis par les élèves. Le programme culinaire offre également des services de traiteurs, y compris pour de délicieux soupers pour des aînés du quartier et pour les réunions du conseil scolaire du district d’Ottawa Carleton.

En plus de la préparation des plats, les élèves de Sir Guy Carleton peuvent également en apprendre plus sur la production alimentaire. Le programme Green Industries (industries vertes) de l’école existe depuis 30 ans dans leurs serres chauffées. L’enseignant de science Derek Brez et l’enseignant responsable du programme Green Industries, Alan Abbey, ont décidé il y a 6 ans de réorienter le programme, délaissant la floriculture et la production de plantes décoratives pour se concentrer sur le maraîchage. Ils ont également fait acte de foi et ont transformé leur système de serres en un système de culture aquaponique, ce qui a permis à leurs élèves de développer de nouvelles aptitudes.

Avant d’installer ce système, Alan et Derek se sont inspirés de Stephen Ritz, un enseignant novateur du Bronx, lors d’une séance de formation de 3 jours à Guelph, en Ontario, auquel les deux enseignants de Sir Guy Carleton ont participé. Des professionnels de partout en Amérique du Nord y étaient rassemblés. Un système aquaponique rassemble l’aquaculture, la pisciculture et l’horticulture. Les sous-produits des poissons fournissent aux plantes leurs éléments nutritifs, et les plantes nettoient l’eau pour les poissons. Derek indique que la culture aquaponique « augmente considérablement la vitesse de croissance des légumes » et est « plus durable puisqu’elle utilise 90 % moins d’eau. »

Chaque année à l’école Sir Guy Carleton, 100 élèves suivent les cours Green Industries et en apprennent plus sur l’agriculture durable. Ils font pousser des herbes et des légumes à feuilles vertes, des tomates et d’autres légumes. Ils font également pousser du basilic extraordinaire, qui est vendu à Urban Element, une école culinaire locale qui l’utilise dans ses programmes. Le propriétaire Carley Schelck dit qu’il faut tisser plus de liens, et des liens plus forts, entre les entreprises locales et les écoles. Des partenariats mutuellement avantageux comme le leur ont des répercussions à long terme. Urban Element peut non seulement se procurer des légumes à feuilles vertes et du basilic frais et cultivés localement pendant l’hiver, les enseignants de Sir Guy Carleton peuvent également permettre à leurs élèves de développer des compétences en entrepreneuriat concrètes et de gagner un revenu, qui est réinvesti dans le programme.

L’école Sir Guy Carleton est passée maître dans l’art de la collaboration communautaire. Le programme Green Industries a collaboré avec la société horticole de Nepean, pour tirer parti de leurs connaissances en matière de plantes, avec SunTech Greenhouses, pour leur expertise dans le domaine des affaires, et le Collège Algonquin. Derek cherche toujours à créer de nouveaux partenariats puisqu’il pense que le programme est encore jeune et qu’il peut croître énormément. Dernièrement, Derek et Alan tentent d’établir un partenariat avec la ferme Maple Hill, une ferme urbaine au sein de la ceinture verte d’Ottawa, afin d’établir un jardin de plantes indigènes comestibles.

Cette année, le programme Green Industries s’est lancé à l’eau et a offre un programme spécialisé en exploitation agricole urbaine, une première pour la ville d’Ottawa. Dès 2018, un groupe d’élèves axeront leurs études secondaires sur l’apprentissage de l’exploitation agricole en zone urbaine. Derek est un ardent défenseur des systèmes alimentaires durables et est impatient de pouvoir faire connaître aux élèves les outils et méthodes utilisés dans l’agriculture urbaine comme solution alternative à l’agriculture industrielle. Le programme axe ses efforts sur les potagers en façades, les systèmes aquaponiques et hydroponiques, ainsi que la culture en sol. Les élèves en apprendront plus sur les défis reliés à la sécurité alimentaire tout en soulignant les systèmes alimentaires locaux.

Derek et Alan visent haut. Puisque l’école est une école secondaire de formation professionnelle, ils peuvent, et surtout veulent, prendre plus de risques qu’une école secondaire habituelle. Ils recherchent des occasions qui leur permettent d’élargir la portée du programme spécialisé en exploitation agricole urbaine pour y ajouter des programmes d’alternance travail-études avec des compagnies d’aménagement de paysage comestible et d’autres entrepreneurs en agriculture urbaine. Ils cherchent également à créer des partenariats avec des experts du milieu du marketing et de la promotion de produits agricoles afin de permettre aux élèves de découvrir cet aspect de l’industrie agricole. Derek souhaite également les voir travailler au sein de la communauté. Il espère pouvoir tisser des liens avec des écoles élémentaires où ses élèves pourraient transmettre leur savoir aux jeunes enfants.

Derek croit que l’un des plus grands avantages du programme de spécialisation en exploitation agricole urbaine est que les participants « auront développé, au cours du programme, des compétences que d’autres écoles ne permettent pas aux élèves d’acquérir. » Cela permettra aux élèves d’envisager une carrière unique qui conduira, espérons-le, au développement du secteur de l’agriculture urbaine à Ottawa.

 

Texte : Allegra Newman

Photos : Allegra Newman

On mijote un nouveau départ à l’école élémentaire Carson Grove

On mijote un nouveau départ à l’école élémentaire Carson Grove

En avril 2016, 110 nouveaux élèves, dont la plupart sont des réfugiés syriens, ont commencé à fréquenter Carson Grove, une petite école élémentaire dans l’est d’Ottawa. Ce nouvel afflux d’élèves a fait augmenter la population de l’école, passant de moins de 200 à plus de 300. La plupart des nouveaux élèves étaient de nouveaux arrivants au Canada et souffraient de niveaux élevés d’insécurité alimentaire. Du jour au lendemain, le nombre d’élèves faisant appel quotidiennement au programme de petits-déjeuners est passé de 80 à environ 130-150. Sandra Copeland, la coordonnatrice du programme, s’est simplement adaptée, bien qu’il ne se soit écoulé que 12 minutes entre l’arrivée des autobus et le début de la journée scolaire pour se préparer à nourrir 150 élèves.

Sandra a occupé le métier de chef cuisinière pendant 25 ans avant d’être responsable du programme de petit-déjeuner de Carson Grove, qui est appuyé par le ROPE (Réseau d’Ottawa pour l’éducation). Elle est pleinement dévouée à son travail et aux enfants.

Elle a su gérer l’afflux d’élèves en modifiant le programme de repas, soit en délaissant le modèle de libre-service pour se tourner vers un modèle de repas à emporter, où les élèves peuvent choisir des sacs préparés contenant des fruits et des légumes, accompagnés de yogourt, de fromage, d’œufs durs, de craquelins, de pains et de bagels. Sandra indique que plusieurs des nouveaux élèves qui particpent au programme de petits-déjeuners ont été ébahis devant toute cette variété d’aliments. Sandra a également constaté la nécessité d’offrir plus d’aliments pendant la journée; des paniers de collations sont donc à la disposition des élèves et ils peuvent aller se servir au cours de la journée s’ils ont faim.

En observant les élèves pendant la matinée, Sandra peut déterminer si un élève semble avoir particulièrement faim et leur permet de prendre un aliment de plus. Elle remarque également ces élèves pris de timidité ou qui ont du mal à faire la file. Sandra raconte qu’un garçon arrivait toujours avant le début des classes avec un coca-cola et un sac de croustilles pour déjeuner. Lorsque les élèves arrivaient dans les autobus et qu’une file se formait pour les petits-déjeuners, ce garçon était trop timide pour participer. Ayant vu qu’il avait grand besoin d’un déjeuner nourrissant, Sandra a donc commencé à l’inviter plus tôt afin qu’il puisse manger son déjeuner sans subit de pression de la part des autres élèves.

Sandra arrive à l’école une heure et demie d’avance afin de préparer la nourriture pour la journée. Le déjeuner est servi dans un chariot à l’intérieur du gymnase en collaboration avec des élèves bénévoles. Sandra aime offrir des aliments variés dans ses déjeuners et fait souvent découvrir de nouveaux aliments aux jeunes. Sandra se rappelle un élève qui a dit « J’aime beaucoup le pain ici; chez nous, on a juste du pain blanc. »

Non seulement Sandra s’engage à fournir des petits-déjeuners nutritifs aux élèves, mais elle rend également le programme amusant. Elle parle et plaisante avec les élèves pour qu’ils se sentent à l’aise et comme chez eux. Les premiers mots de certains nouveaux arrivants, affirme Sandra, ont été les noms de fruits et de légumes. Elle a même appris quelques mots de vocabulaire alimentaire en arabe.

Texte : Allegra Newman

Nourrir le corps et l’esprit des élèves à l’école élémentaire publique Mauril-Bélanger

Nourrir le corps et l’esprit des élèves à l’école élémentaire publique Mauril-Bélanger

La vie des 200 élèves de l’école Mauril-Bélanger a commencé à changer en 2016 avec l’arrivée de leur nouvelle directrice. En effet, Caroline Johnston a su infuser son nouveau rôle de son ambition visant à nourrir le corps et l’esprit de ses élèves. Au cœur de ce plan se trouve un désir de favoriser les liens entre l’école et la communauté locale, afin d’adopter une approche plus large en matière de développement de l’enfant.

Située dans le quartier de Vanier, l’école Mauril-Bélanger est une petite école publique francophone fréquentée par des enfants des quartiers avoisinants qui font face à de nombreux défis. Toutefois, lorsque Caroline observe l’école, les élèves et les quartiers environnants, elle ne voit pas les défis qui se posent, mais plutôt toutes les occasions qui se présentent pour créer des expériences qui peuvent exercer une influence durable sur la vie de ses élèves. Le revenu moyen des familles des élèves s’élève à 22 000 $/année, ce qui veut dire que plusieurs familles ont des choix difficiles en matière d’alimentation. Caroline croit fermement que les enfants ne peuvent pas apprendre s’ils ne mangent pas à leur faim. Elle croit également que les écoles peuvent, et doivent, jouer un rôle essentiel pour offrir des aliments nutritifs à ceux qui sont dans le besoin.

Puisque plusieurs élèves n’ont pas accès à des fruits et légumes frais, Caroline a commencé par offrir un bol de fruit dans chaque classe. Elle s’est ensuite tournée vers le dîner; une fois par semaine, un groupe de personnes âgées de la communauté prépare une soupe nutritive et délicieuse pour toute l’école. La soupe en trop est distribuée aux banques alimentaires locales. La directrice dit que de partager de la bonne bouffe renforce la communauté. Dans un proche avenir, elle espère pouvoir améliorer le programme de petit déjeuner, pour passer d’une approche de repas à emporter à un modèle où les élèves s’assoient pour manger, ce qui leur permettrait d’interagir pendant qu’ils mangent. Elle a déjà aidé le coordonnateur du programme de petits déjeuners à intégrer du lait et des œufs frais au menu, et elle espère que la variété de choix alimentaires sains s’améliore dans les années à venir.

 

En 2016, l’école Mauril-Bélanger a également accueilli Elyse Robertson au poste de coordonnatrice communautaire. Elyse est une enseignante qui possède de l’expérience en matière d’organisation communautaire. Elle a déjà travaillé dans le quartier et a une passion pour les enjeux alimentaires en milieu scolaire. Son mandat s’inscrit dans le cadre d’un projet pilote, et il vise à apporter la communauté au sein de l’école et apporter l’école dans la communauté, créant ainsi une chaîne où le curriculum est lié aux familles, qui, elles, sont liées à la communauté, qui est à son tour liée à l’école.

L’école Mauril-Bélanger possède plusieurs ressources, dont une cuisine complète et de bonne taille (une denrée rare dans les écoles élémentaires d’Ottawa) et douze bacs de jardinage extérieurs. Les étudiants plantent le jardin au printemps et pendant l’été, des jeunes à risques, qui font partie du programme estival, s’occupent des plantes et récoltent certains aliments. À l’heure actuelle, un groupe de parents planifient un nouveau jardin dont la construction est prévue au printemps 2018.

Des petites entreprises, dont les propriétaires sont engagés, entourent l’école. Elyse souhaite créer des liens avec ceux-ci puisque, selon elle et Caroline, un sentiment d’appartenance à leur communauté pourrait offrir aux élèves davantage de soutien à l’extérieur de l’école quand ils en ont besoin. Elyse rêve également de créer un programme d’entrepreneuriat social à l’école qui permettrait aux élèves de cultiver des jeunes pousses et de les vendre aux propriétaires d’entreprises locales pour amasser des fonds pour les programmes scolaires et mieux les faire connaître.

Les élèves de l’école Mauril-Bélanger créent également des liens avec leur communauté par le moyen du bénévolat. Bien que les besoins de l’école soient élevés, Caroline et Elyse croient qu’il est important que les enfants viennent en aide à leur communauté. Les élèves de cinquième et sixième année visitent régulièrement la banque alimentaire locale et ont déjà cuisiné de la soupe pour ceux qui fréquentent cet établissement.

 

L’école Mauril-Bélanger dispose également d’une autre ressource formidable : la diversité de la collectivité scolaire. Plus de 24 différentes origines culturelles sont représentées au sein de l’école, ce qui représente une multitude de traditions culinaires diverses et saines. Chaque année, un souper communautaire multiculturel représente un évènement phare de l’année scolaire où des familles de l’école préparent une fête gastronomique avec des mets de partout dans le monde. Caroline et Elyse se demandent ce qui empêche les étudiants d’apporter des repas chauds et santé de la maison, repas qui représentent également les traditions culturelles de leurs familles. Elles pensent offrir des contenants isolants aux élèves et essaient de trouver des moyens de réchauffer des repas à l’école. Elles veulent changer la vision des familles en matière d’alimentation afin que les enfants n’apportent pas de repas malsains à l’école. Elyse et Caroline aimeraient qu’il soit plus facile d’offrir des repas préparés abordables et nutritifs à Ottawa. Si c’était le cas, est-ce que les parents qui paient pour un dîner pizza chaque semaine seraient prêts à payer pour des repas plus sains? L’activité de collecte de fonds récente « Fraîcheur de la ferme », qui a permis aux écoles d’amasser des sous pour les programmes scolaires en vendant des légumes de l’Ontario, a connu beaucoup de succès à l’école Mauril-Bélanger. Ce fut très encourageant et a permis de démontrer que les gens souhaitent avoir accès à des aliments abordables, frais et santé.

Caroline et Elyse sentent que le travail est à peine entamé. Elles cherchent de nouveaux moyens pour encourager l’alphabétisation alimentaire ainsi que des occasions pour permettre aux élèves et leurs familles d’améliorer leurs compétences culinaires. Avec tous les projets qu’elle met en œuvre, l’école Mauril-Bélanger est une étoile montante. Grâce à un personnel enthousiaste qui se passionne pour les programmes scolaires qui traitent de bonne bouffe, et à la multitude de possibilités au niveau local qui ne demandent qu’à se réaliser, l’école est certainement destinée à accomplir des projets innovants et inspirants.